"Une peinture de Fra Angelico représente Saint Côme, patron des chirurgiens, et son frère Damien, au chevet d’un sacristain auquel ils sont en train de greffer la jambe d’un Maure.

Comment les célèbres médecins s’étaient-ils procurés la jambe de l’Africain ?

La fable ne le dit pas.

Était-il donneur ?

Mort ou vif ?

Avait-il vendu un de ses membres ?

Ou bien s’était-on simplement emparé de la jambe d’un homme de peu d’importance ?

Ce personnage manque dans la scène.

Ni médecin ni malade, il est le tiers dont le corps est requis par la transplantation : je l’appellerai le tiers corps".

RÉSUMÉ

Au cours de ses réflexions sur la transplantation, dans sa dimension à la fois technique et sociale, Sylviane Agacinski souligne l’ambiguïté d’une pratique médicale qui sauve de nombreuses vies mais crée aussi une "demande d’organes" : comment y répondre ?

D’abord, soutient l’auteur, en protégeant le corps des vivants face aux ultra libéraux, partisans d’un marché légal des organes, et aux trafiquants dont les miséreux et les réfugiés sont victimes, lorsque les États laissent faire.

Ensuite, en privilégiant le don de soi post mortem, librement consenti, plutôt qu’en maintenant le stratagème du "consentement présumé du défunt".

Sylviane Agacinski s’appuie ici sur Marcel Mauss pour en appeler à une société solidaire, dans laquelle chacun peut à son tour recevoir ou donner et, quelquefois, transmettre la vie par delà la mort…

Lien Editions du Seuil

Le tiers corps

Réflexions sur le don d'organes

Sylviane Agacinski

Editions du Seuil : 18 €

© Editions du Seuil

le tiers corps