L’élection présidentielle au suffrage universel direct, voulue par de Gaulle en 1962, nous plonge tous les 5 ans dans une période d’illusion collective, nous conforte dans un affrontement binaire dépassé, entretient le mythe de l’homme providentiel, interdit l’esprit de compromis et personnalise tous les débats publics.

Depuis 1995, les présidents ne réforment plus.

Ils ont perdu le pouvoir et abîmé la fonction.

Car ce ne sont pas les hommes mais la fonction qui est en cause.

La plupart des responsables politiques en sont conscients mais tous considèrent que les Français sont attachés à l’élection du président au suffrage direct.

La réforme s’imposera pourtant.

A l’occasion d’une crise, comme toujours.

Et ce jour approche…

Résumé

"C'est rare qu'une image de l'actualité politique inspire de la tristesse.

De la révolte, de l'adhésion, du rejet, de l'incompréhension, de l'enthousiasme, de l'espoir, du dégoût, de l'amusement, de la moquerie, de l'émotion, de l'affliction : oui !

J'ai éprouvé bien des sentiments et trop souvent rien du tout, de l'indifférence, en écoutant des discours politiques.

En tant que citoyen, ou en tant que journaliste…

La plupart du temps avec ces 2 casquettes indissociables, depuis que je suis entré dans la profession.

Mais là, c'était nouveau, presque bouleversant.

Je ne ressentais rien de tout ça.

Une nouvelle impression m'envahissait devant ce discours.

Impression inédite pour moi devant un homme politique s'adressant à son public et, à travers la télévision, à son pays : de la tristesse.

Une grande bouffée de tristesse !

C'était fin août 2014 en regardant, bien au sec, devant mon écran de télé, François Hollande parler sous la pluie de l'île de Sein.

Il ne s'agissait pas d'une tristesse partisane.

Un autre président, d'une autre couleur politique, subissant le même sort, dans un contexte semblable, aurait provoqué en moi le même sentiment.

Cette image de François Hollande détrempé, perdu derrière des verres de lunettes embués, aurait dû simplement me faire sourire comme tant d'autres images insolites mettant en scène un pouvoir quand il se retrouve dans une position inconfortable qui brouille les codes de la nécessaire solennité, un peu comme quand le vent emporte la toge d'un vieux pape.

Au pire, cette image aurait pu ne susciter qu'un hochement de tête affligé devant tant d'amateurisme.

Elle suscita de la tristesse.

Ce n'est pas un sentiment autorisé chez un journaliste politique d'un média généraliste qui, ne pouvant pas s'interdire de ressentir des émotions politiques, se doit quand même de rester froid et analytique.

D'où venait cette tristesse incongrue ?

Certainement des mystères de l'incarnation politique.

Pourquoi faudrait-il que cette phrase de Lucas de Penna, un juriste italien né au XIVème siècle, soit toujours vraie : "De la même manière le prince est la tête du royaume et le royaume est son corps".

Pourquoi et comment faut-il qu'un homme nous représente à ce point pour que nous nous sentions mouillés quand il pleut sur lui ?

Et que se passe-t-il si cet homme est dans une situation de faiblesse, sous les eaux ?...

Sous l'eau ?

Nous représente-t-il toujours ?

Est-ce bien raisonnable, en démocratie, de chercher l'incarnation à tout prix, de conserver des institutions qui personnalisent tant ?

Ne sommes-nous pas responsables de l'état du débat public, nous les journalistes politiques, à force de parler des acteurs de la politique plutôt que des idées" ?...

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Arrêtons d'élire des présidents !

Thomas Legrand

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