Un jour, leur vie a basculé.

Devenus pères sans l’avoir décidé, parfois même sans savoir qu’ils l’étaient, on leur réclame des comptes.

Assignés en justice par un enfant devenu grand ou par une ex amante perdue de vue, ils sont sommés d’assumer une paternité dont ils n’ont pas voulu.

C’était une nuit en discothèque comme les autres pour Nathan : il s’est bien amusé.

Mais, 3 mois plus tard, sa conquête d’un soir lui a annoncé par SMS qu’elle était enceinte.

Enseignant de 53 ans, Mathieu ne décolère pas : celle qui partageait sa vie a décidé de devenir maman sans lui…

Marié et père d’un garçon de 17 ans, Jean Jacques s’est retrouvé un jour de 2008 convoqué au tribunal.

Un grand fils de 22 ans, dont il ignorait l’existence, a engagé une procédure contre lui.

Pour régler les arriérés de la pension alimentaire auxquels il a été condamné, Jean Jacques a été contraint de vendre sa maison.

Comme eux, Stéphane, Jean Baptiste, Rémy ou Grégory ont eu l’impression d’avoir été piégés.

Ils parlent de brutalité, de violence.

"On réduit la paternité à quelque chose de biologique, résume Jean Jacques, mais pour moi ce n’est pas cela.

La paternité ne consiste pas à partager les mêmes gènes : c’est au moins un vécu commun, une relation humaine".

Le combat des "Pères malgré eux".

Pour Christine Teixido, vice procureur au Tribunal de Grande Instance de Paris, ce qui pousse des femmes ou des enfants à se tourner vers la justice pour obtenir réparation n’est pas l’argent.

"Leur moteur principal, c’est d’essayer de préserver au maximum leur enfant.

Le législateur estime que l’intérêt de l’enfant est d’avoir accès à ses origines.

Il est fondamental de connaître sa filiation biologique".

Avocate, Mary Plard a été de tous les combats pour les droits des femmes.

Aujourd’hui, elle est engagée aux côtés des "Pères malgré eux".

"On est dans une vérité biologique qui va faire une vérité juridique, mais ne fera pas forcément une vérité affective, justifie-t-elle.

Les femmes viennent chercher un père, elles se trompent : avec un huissier de justice, on ne fait pas un père.

Ce qui m’a poussée à parler, à agir et à écrire, poursuit-elle, c’est que ces hommes sont traités comme on traitait les femmes qui se retrouvaient enceintes avant la loi sur l’avortement, des femmes auxquelles on disait : "Tu as couché, eh bien, maintenant, il faut assumer"…

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Sois père et tais toi - Le Monde en face

France 5 - 13/01/2015 - 20h40

mary plard

Mary Plard

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