L'histoire des Lebensborn relate des faits que peu de gens connaissent ou qu'ils ont oubliés.

Des horreurs commises par les maîtres du Reich et leurs exécutants, dans certains cas tout aussi insoutenables que leur haine envers les peuples jugés inférieurs et exterminés par eux sous ce prétexte.

Dans les deux cas, le maître d'œuvre est le même : Heinrich Himmler.

Reichsführer SS depuis 1929, nazi fanatique et raciste fou, son admiration pour la race nordique va le pousser d'abord à créer, dès le milieu des année 30, la Lebensborn Eingetragener Verein (Association enregistrée Lebensborn)…

En gros, les Lebensborn (Fontaines de Vie) sont des maternités du Reich destinées à favoriser la procréation selon les critères dits aryens.

Cet organisme, placé sous l'égide de la SS et, plus spécialement, du RuSHA (Rasse und Siedlungshauptamt - Bureau pour la race et le peuplement), est chargé d'accueillir les futures filles mères enceintes des œuvres d’un aryen pure souche.

Tous les soldats ou officiers SS ayant dû, pour intégrer ce corps dit d'élite, prouver la pureté de leurs racines (arbre généalogique) au moins depuis 1750, ces fanatiques étaient naturellement poussés par le régime à procréer.

Cela faisait partie de leur devoir (Chaque SS se doit d'offrir un enfant aryen à son Führer !), bien entendu en fécondant des femmes répondant aux mêmes critères raciaux.

Le mariage n'était pas spécialement favorisé, seul comptait le fait de "Produire" des enfants de type nordique…

Les femmes étaient donc, avant l'accouchement, prises en charge par les foyers Lebensborn.

Elles y mettaient au monde leur bébé et elles pouvaient, si elles le désiraient, le garder.

Dans le cas contraire, ces derniers étaient élevés par l'institution et, plus tard, destinés à l'adoption par des couples sans enfants, voire stériles.

En 1935, la première maternité de ce type est ouverte à Steinhöring (Bavière).

En Allemagne, 10 maternités Lebensborn ont été créées.

Il y en eut 9 en Norvège (un pays jadis assez ouvert aux idées nazies sur le sujet), 3 en Pologne, 2 en Autriche, 2 au Danemark, 1 en Belgique, 1 aux Pays Bas, 1 au Luxembourg et 1 en France.

Le Lebensborn français a été inauguré le 06/02/1944 et fermé le 10/08/1944.

Ce dernier se trouvait dans la commune de Lamorlaye, près de Chantilly dans l’Oise, et porte aujourd’hui le nom de Château de Bois Larris.

Il est difficile d'estimer avec précision le nombre de naissances issues de cette pratique assez spéciale.

Cependant, le chiffre de 16.000 semble conforme pour les seules Lebensborn d'Allemagne et de Norvège…

Ce nombre semble assez dérisoire, surtout aux yeux de Himmler, dont le cerveau jamais à court d'ignobles idées, fut bientôt prêt à en présenter une autre, beaucoup plus horrible encore.

Dans les régions occupées de l'est, notamment dans le sud est de la Pologne, il était connu de l'occupant qu'un grand nombre d'habitants correspondait aux critères raciaux de l'idéologie nazie.

Himmler ordonna donc que les enfants aux cheveux et yeux clairs soient, purement et simplement, arrachés à leur parents et emmenés pour être germanisés.

L'effort principal porta sur les plus jeunes (2 à 6 ans), ceci pour des raisons évidentes de mémoire, plus facile à modeler et à convertir aux idées racistes des nazis.

Mais des enfants plus âgés (jusqu'à 16 ans) furent aussi enlevés…

Ainsi donc, principalement en Russie, Ukraine, Tchécoslovaquie, Yougoslavie, Biélorussie et surtout Pologne, on estime à près d'un million le nombre d'enfants arrachés à leurs familles.

Les parents, menacés de mort, soit se taisaient, soit étaient déportés dans les camps de travail ou, dans les cas d'extrême insoumission, abattus sur place.

Dans ce million d'enfants kidnappés, tous ne furent pas germanisés.

Sélectionnés dans leur village natal ou de résidence selon des critères purement visuels, ils étaient d'abord emmenés dans des centres de tri où, après des examens approfondis, on s'apercevait alors que leur aryanisme était loin d'être systématique.

Et tous ceux qui n'étaient pas déclarés comme tels étaient envoyés dans des camps de travail pour enfants, avec la fonction d'esclaves du Reich.

Mais, pour la seule Pologne, environ 200.000 enfants ont été jugés aptes à l'adoption et envoyés, via les foyers Lebensborn, en Allemagne.

Après la fin de la guerre, 10 à 15% seulement de ces malheureux ont pu regagner leur Pologne natale dans laquelle des dizaines de milliers de parents ont attendu, en vain, le retour de leur propre enfant…

En 1947, en marge du procès de Nuremberg, les principaux responsables du RuSHA furent jugés par les Américains.

Les 2 plus importants d'entre eux (Otto Hoffman et Richard Hildebrandt) furent condamnés à 25 ans de prison chacun.

Le premier fut libéré en 1954 et le second décéda en prison en 1952.

Le directeur de l'Association Lebensborn, Max Sollman et le médecin chef Gregor Ebner, furent déclarés coupables mais, emprisonnés alors depuis 2 ans, ils n'eurent aucune peine supplémentaire à accomplir.

Pour ce qui est du rapt des enfants des territoires occupés de l'est, les principaux responsables pour la seule Pologne (en plus des millions de Juifs qu'ils ont envoyés dans les camps d'extermination), l'Obergruppenführer Odilo Globocznik, chef de la SS et de la Police du district de Lublin et Hans Frank, gouverneur général de la Pologne (hors zone annexée), la mort fut la seule justice de leur mandat.

Le premier s'est suicidé en mai 1945 et le second, jugé coupable de crimes contre l'humanité lors du procès de Nuremberg, a été pendu en octobre 1946…

Les allemands ayant brûlé les archives, certains enfants ne connaitront pas leurs véritables origines, les naissances n'étant pas déclarées à l'état civil et l'identité du père cachée.

L’horreur des Lebensborn a été éludée par l’Histoire : ces enfants, coupables de rien, n'ont jamais été reconnus en tant que victimes...

 

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